Semaine pour la QVCT 2026 : quand le management devient un facteur de risque
À l’occasion de la Semaine pour la QVCT 2026, le thème « Manager, c’est tout un travail ! » constitue une opportunité pour les responsables HSE et les préventeurs. Non pas de s’approprier le rôle du manager, mais d’intégrer les pratiques managériales dans le champ de la prévention des risques : les évaluer, les mesurer et agir pour les réduire.
Les études montrent que la façon dont le travail est organisé et encadré au quotidien est un déterminant majeur des risques psychosociaux. Ce constat ne remet pas en cause le rôle du manager. Il redéfinit celui du responsable HSE.
La Semaine pour la Qualité de Vie et des Conditions de Travail 2026 constitue ainsi une occasion concrète d’aborder ces sujets sous l’angle de la prévention des risques.
Dans cet article :
1 - Pourquoi faire du management un nouveau périmètre de votre démarche QVCT
2 - Les chiffres OIT 2026 : une base solide pour agir sur les conditions de travail
3 - Ce que dit le référentiel ANACT sur le management et la qualité de vie au travail
4 - Pourquoi organiser la semaine QVCT 2026 autour du management dans votre entreprise
5 - Des idées d’ateliers et d’actions à mettre en place pour la semaine QVT 2026
6 - DUERP et risques psychosociaux : les actions à mettre en place pour intégrer le management
7 - Digitaliser la prévention pour en faire un atout HSE mesurable
Pourquoi faire du management un nouveau périmètre de votre démarche QVCT
Pendant longtemps, les pratiques managériales ont été considérées comme un sujet RH : formation, évaluation, développement des personnes au travail. Le responsable HSE n’avait pas vocation à intervenir sur ces sujets.
Ce cadre a évolué. Supervision, clarté des rôles, charge de travail imposée, sens au travail, qualité du soutien en période de changement : ces éléments sont désormais reconnus comme des facteurs d’exposition professionnelle documentés, identifiables et mesurables. Ils appartiennent pleinement au champ de la prévention des risques professionnels, celui où le responsable HSE est légitime et compétent.
Il ne s’agit pas d’une intrusion dans le champ du management, mais d’une évolution naturelle de la mission de prévention. Lorsque les pratiques managériales influencent la santé, la sécurité ou les conditions de travail, elles deviennent des facteurs de risque à prendre en compte. Les modes de management, la charge de travail, l’organisation du travail ou les espaces de discussion sur le travail réel relèvent ainsi pleinement de la prévention primaire.
Les chiffres OIT 2026 : une base solide pour agir sur les conditions de travail
Le rapport mondial de l’Organisation internationale du Travail publié en 2026 pour la Journée mondiale de la sécurité et santé au travail constitue une référence inédite pour les professionnels de la prévention. Pour la première fois, l’OIT publie des estimations mondiales sur la mortalité liée aux risques psychosociaux (RPS).
Les données sont sans ambiguïté : plus de 840 000 décès annuels sont associés à des pathologies liées aux risques psychosociaux au travail. Ces risques entraînent la perte de près de 45 millions d’années de vie corrigées du facteur invalidité (AVCI) chaque année. Le coût économique annuel avoisine 1,37 % du PIB mondial.
Pour le responsable HSE, ces chiffres constituent une base argumentaire solide et référencée pour faire évoluer les pratiques. L’OIT l’énonce explicitement : la conception, l’organisation du travail et les pratiques d’encadrement sont au cœur de ces risques. Autrement dit, ils sont en grande partie évitables, à condition d’agir sur les bons leviers.
Les managers au cœur des facteurs de risques psychosociaux
L’OIT identifie cinq facteurs de risque majeurs : le stress au travail, le déséquilibre efforts-récompenses, la précarité de l’emploi, la durée excessive de travail et le harcèlement. Chacun est directement influencé par les pratiques d’encadrement quotidiennes.
Parmi les données documentées : 35 % des travailleurs dans le monde travaillent plus de 48 heures par semaine, avec des conséquences directes sur la santé cardiovasculaire. 23 % ont subi au moins une forme de violence ou de harcèlement au cours de leur carrière, dont 18 % de violence psychologique spécifiquement. Ces situations peuvent être favorisées ou atténuées par la manière dont le travail est organisé et encadré au quotidien. Elles constituent donc un sujet à part entière pour la prévention des RPS.
À l’échelle nationale, le constat est tout aussi préoccupant. Selon le Baromètre Santé Mentale & QVCT 2026 publié par Qualisocial et Ipsos-BVA, 22 % des travailleurs français déclarent être en mauvaise santé mentale pour démarrer 2026, soit près de 6 millions de personnes. Un chiffre qui traduit concrètement, dans le contexte français, ce que les données mondiales de l’OIT documentent à grande échelle.
Ce que dit le référentiel ANACT sur le management et la qualité de vie au travail
Les constats de l’OIT rejoignent directement ceux de l’ANACT. Dans son référentiel QVCT, le domaine « Projet d’entreprise et management » fait partie des six leviers structurants pour améliorer les conditions de travail.
« Projet d’entreprise et management » est un domaine à part entière de la qualité de vie et des conditions de travail. L’ANACT y identifie des pratiques directement liées à l’amélioration des conditions de travail : régulation de la charge de travail, délégation et autonomie accordées aux équipes, qualité de l’information en période de changement, création d’espaces pour parler du travail réel. Autant de pratiques observables et mesurables qui peuvent être intégrées dans une démarche QVCT structurée.
L’ANACT le rappelle également que la QVT, ce n’est pas une application bien-être au travail, des fruits en salle de pause, ou une nouvelle disposition de l’espace de travail. Une démarche de prévention primaire ne se limite pas à des webinaires ou à des idées d’actions ou d’activités de cohésion une semaine par an. La prévention primaire consiste avant tout à agir sur les causes, en travaillant sur l’organisation et l’encadrement du travail au plus près du poste de travail.
Responsable HSE et responsable d’équipe : deux rôles distincts, une même finalité
La distinction est fondamentale. Le responsable HSE est l’expert de la santé et sécurité au travail : il évalue, mesure, structure et pilote. Il détient les données terrain, maîtrise les référentiels et dispose de la légitimité pour élargir le périmètre du DUERP aux facteurs organisationnels et managériaux.
Le manager de proximité encadre une équipe au quotidien. Il absorbe les tensions entre les exigences de la direction et les capacités du terrain, et prend des décisions qui influencent directement les conditions de travail. Il n’est pas expert en prévention, ce n’est pas son rôle.
Le responsable HSE n’a pas vocation à se substituer au manager. Son rôle est de lui apporter des éléments structurés qui lui permettent de comprendre l’impact de son organisation sur la santé de ses équipes, et de l’outiller pour agir. Pour être efficace, cette transmission doit s’appuyer sur ce qui mobilise concrètement un manager : la performance et la stabilité de son équipe, sa capacité à la faire fonctionner dans la durée.
Pourquoi organiser la semaine QVCT 2026 autour du management dans votre entreprise
Organiser la semaine QVCT dans son entreprise, c’est créer un temps structuré d’échange collectif sur les conditions de travail réelles et sur le rôle de l’encadrement. La Semaine pour la QVCT 2026 se déroulera du 15 au 19 juin 2026 : c’est une opportunité de lancer des actions concrètes qui se poursuivent au-delà des cinq jours de l’événement.
Votre programme peut se tenir en présentiel, à distance ou en format hybride. Ce qui importe, c’est de créer de vraies conditions d’échange sur le travail, et non uniquement sur le bien-être au travail au sens général. Ces temps collectifs contribuent également à développer une culture d’entreprise où les questions de santé, de sécurité et de conditions de travail peuvent être discutées ouvertement. L’ANACT met à disposition des ressources, des outils et un réseau régional d’agences pour accompagner la mise en place d’actions adaptées à votre contexte et à votre culture d’entreprise.
Des idées d’ateliers et d’actions à mettre en place pour la semaine QVT 2026
Voici des formats adaptés au thème « Manager, c’est tout un travail ! » que les équipes HSE peuvent proposer pour organiser la semaine :
Atelier « travail réel vs travail prescrit » : réunir les équipes pour cartographier les écarts entre ce qui est demandé au poste de travail et ce qui est effectivement réalisé, identifier les ressources manquantes et les ajustements possibles. Il ne s’agit pas d’un espace d’expression des insatisfactions, mais d’un outil de compréhension collective du travail.
Atelier charge de travail : rendre visible ce que les équipes absorbent en période de pic, identifier les causes structurelles, et les marges de régulation disponibles. Il débouche sur des questions opérationnelles : comment s’organise-t-on lorsque la charge dépasse les capacités disponibles ? Ce format est directement lié à la réduction des arrêts de travail.
Temps d’échange « management tourné vers la QVCT » : sensibiliser les chefs d’équipe au lien entre leurs pratiques d’encadrement et les RPS, en les positionnant comme acteurs de la prévention et non comme sujets d’un contrôle.
Webinaires ou sessions de formation sur la démarche QVCT, les pratiques d’encadrement tournées vers la QVCT et les obligations légales liées au DUERP : ces formats permettent de diffuser une culture commune à l’ensemble des collaborateurs, en présentiel ou à distance.
Diagnostic participatif : associer l’ensemble des collaborateurs à un état des lieux des conditions de travail et des pratiques managériales. C’est probablement le format le plus structurant pour favoriser la QVCT sur le long terme.
Facilitez le suivi de vos actions QVCT : La solution Cikaba permet de diffuser facilement vos supports de sensibilisation, de partager vos causeries ou ateliers aux collaborateurs et de conserver une traçabilité complète des actions menées dans le cadre de la Semaine pour la QVCT. Vous savez qui a participé, quand l’action a été réalisée et quels contenus ont été diffusés, le tout dans un tableau de bord centralisé.
DUERP et risques psychosociaux : les actions à mettre en place pour intégrer le management
Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels est l’outil central de la prévention des risques en entreprise. Depuis la loi du 2 août 2021, qui a introduit la QVCT dans le Code du travail, les RPS doivent y figurer. Dans les faits, l’évaluation des pratiques managériales comme source de risques reste souvent absente ou traitée de façon superficielle dans les entreprises françaises.
Cinq dimensions managériales à intégrer dans le DUERP :
- Charge de travail et planification : les managers disposent-ils d’outils pour détecter les surcharges avant qu’elles n’atteignent un seuil critique ?
- Clarté des rôles : les collaborateurs disposent-ils d’une vision précise de ce qui est attendu d’eux, avec quels moyens et selon quels critères ?
- Qualité du soutien managérial : les managers ont-ils eux-mêmes les marges de manœuvre nécessaires pour soutenir leurs équipes ?
- Espaces de discussion sur le travail réel : existent-ils de façon formelle, au-delà de la seule gestion du stress individuelle ?
- Gestion du changement : les équipes concernées sont-elles associées à la conception et à la mise en place d’actions qui les impactent ?

La Semaine QVCT 2026 constitue une fenêtre concrète pour engager ce travail : impliquer la direction, faire un état des lieux des pratiques existantes et lancer une première expérimentation sur un périmètre délimité.
Digitaliser la prévention pour en faire un atout HSE mesurable
Intégrer la ligne managériale dans la stratégie de gestion des risques ne nécessite pas de tout réinventer. Cela demande des outils qui rendent les comportements managériaux visibles, mesurables et actionnables, et qui permettent au responsable HSE de travailler avec des données, et non des ressentis.
C’est précisément ce que propose la plateforme Cikaba, conçue depuis 2017 pour digitaliser les processus de prévention au plus près des réalités terrain.
Les Visites Managériales de Sécurité (VMS)
Les Visites Managériales de Sécurité permettent de structurer et de tracer les visites terrain des managers, de recueillir leurs observations et d’en faire des données exploitables. Chaque visite renseignée alimente le tableau de bord HSE et permet de détecter des signaux faibles : un secteur où les VMS diminuent, des tensions récurrentes signalées, des remontées qui s’accumulent sans réponse.
dIAgnostic : anticiper les risques organisationnels liés au management
Développé avec le CNRS dans le cadre du programme France 2030, dIAgnostic croise les données HSE (organisation, activité, absentéisme, remontées terrain) pour anticiper les zones de risque émergentes liées au management. Là où un tableau de bord traditionnel observe ce qui s’est passé, dIAgnostic identifie ce qui est en train de se construire.
Les Remontées Terrain : un espace de discussion digitalisé
Les Remontées Terrain offrent un canal structuré permettant à chaque collaborateur de signaler une situation dangereuse ou inconfortable, quel que soit son niveau hiérarchique. Croisées avec les données managériales, elles permettent au responsable HSE d’orienter ses actions concrètes sur des éléments factuels plutôt que sur des ressentis.
Le tableau de bord : piloter la performance managériale en temps réel
Le tableau de bord en temps réel permet de suivre la performance globale des actions de prévention, d’objectiver les résultats et de rendre compte à la direction et au CSE des effets concrets de la démarche QVCT sur les conditions de travail : baisse des arrêts de travail, amélioration de la qualité de vie au travail, réduction des incidents dans les zones couvertes par une démarche active.
La Semaine de la QVCT 2026 peut être le point de départ d’une démarche structurée et pérenne. Pas une action QVT ponctuelle. Une vraie démarche de prévention des risques, pilotée par des données, ancrée dans les réalités de terrain.
Vous souhaitez mieux intégrer le management dans votre démarche de prévention HSE, ou vous avez un projet de digitalisation de vos processus QHSE ?
Notre équipe vous accompagne pour structurer votre besoin et identifier les solutions adaptées.