QHSE : les 8 tendances clés de l’année
La prévention en santé-sécurité change de statut. Les exigences se durcissent, les responsabilités s’élargissent, et le coût réel des accidents devient impossible à ignorer. Dans le même temps, la santé-sécurité prend de plus en plus de place dans les attentes RSE/ESG : on ne parle plus seulement de conformité, mais de performance et de maîtrise.
Pour les sites industriels, l’enjeu n’est donc plus seulement de « faire » de la prévention. Il faut être capable de la structurer, de la standardiser (y compris multi-sites et avec les entreprises extérieures), et surtout de prouver ce qui a été fait, ce qui est suivi, et ce qui fonctionne.
Dans ce contexte, voici les 8 tendances QHSE majeures qui vont impacter directement les entreprises et leurs priorités pour 2026.
1. Prévention : l’obligation de preuve devient centrale
Sous l’effet de la loi Santé au Travail, les entreprises doivent désormais :
- maintenir un DUERP opérationnel, mis à jour, conservé 40 ans ;
- suivre un plan d’actions structuré ;
- tracer les formations, habilitations et actions de prévention.
Au-delà de la conformité, les industriels cherchent à sécuriser leurs audits et à réduire les risques opérationnels. La prévention “déclarative” disparaît au profit d’une prévention mesurable et démontrable.
Tendance : la capacité à prouver la prévention devient aussi importante que de la faire.
2. La France ratifie la Convention OIT n°155 : un tournant national pour la prévention
La ratification par la France de la Convention 155 de l’OIT marque un tournant : Elle impose une prévention structurée, planifiée et pilotée, alignée sur les standards internationaux.
Conséquences pour les industriels :
- besoin d’une gouvernance SST cohérente, multi-sites et documentée ;
- implication accrue du management ;
- renforcement de l’analyse des risques et de l’efficacité des actions.
Alors que cette évolution semble rapprocher la France des logiques ISO 45001 : pilotage, preuves, amélioration continue, le ministère du Travail souligne qu’elle renforce officiellement le devoir de l’employeur de garantir un environnement de travail sûr et sain, en cohérence avec les meilleures pratiques mondiales.
Tendance : La santé et la sécurité au travail sont désormais explicitement un droit fondamental.
3. Sous-traitants et entreprises extérieures : une responsabilité pénale accrue
Le 22 janvier 2025, le ministère du Travail, le ministère de la Justice et le ministère de l’Intérieur ont signé une instruction conjointe renforçant la politique pénale du travail en matière de répression des manquements aux obligations de santé et de sécurité. Ce texte demande des poursuites systématisées en cas de manquements graves, une politique pénale visant à dissuader les comportements non conformes. Face aux trop nombreux décès liés au travail, le gouvernement a annoncé cet été un plan national visant à réduire les accidents graves : ce texte renforce indirectement la pression sur la prévention SST tout au long de la chaîne d’exécution.
Les donneurs d’ordre subissent une pression croissante concernant :
- l’accueil sécurité ;
- la conformité documentaire ;
- les plans de prévention et protocoles de sécurité ;
- la maîtrise des flux transporteurs.
Les industriels se tournent de plus en plus vers des solutions permettant de standardiser l’accueil, fiabiliser les documents et tracer les interventions.
Tendance : la pression sur la relation donneur d’ordre / entreprise extérieure accentue la digitalisation.
4. Explosion du coût des accidents du travail & extension de la responsabilité employeur
Les coûts directs (AT/MP) et indirects (désorganisation, arrêts, remplacements) des accidents du travail explosent.
Sous l’effet d’un cadre légale renforcé ( textes et jurisprudences), la responsabilité de l’employeur s’étend de facto : formations, informations, preuves d’actions, maîtrise des risques, gestion des sous-traitants.
Tendance : la prévention devient un investissement stratégique au même titre que la performance industrielle.
5. RSE et ESG : le QHSE devient un indicateur de performance
Même si certaines obligations concernent d’abord les grandes entreprises, elles rejaillissent sur toute la chaîne de valeur. L’AMF appelle les sociétés cotées à se conformer aux exigences du reporting CSRD, ce qui inclut des indicateurs sociaux et extra-financiers — notamment sur la santé et la sécurité au travail. :
- intégrer les données santé-sécurité dans le reporting extra-financier ;
- structurer les indicateurs AT/MP, formation, sous-traitance, risques ;
- démontrer leur maîtrise opérationnelle face aux parties prenantes.
Pour les directions industrielles, cela implique de fiabiliser la donnée HSE et de centraliser l’information multi-sites.
Tendance : le QHSE devient un pilier mesurable de la performance RSE.
6. La digitalisation HSE s’impose comme standard industriel
Nous le constatons chaque jour, cette année marque une accélération forte :
- traçabilité automatisée (documents, formations, plan d’actions) ;
- accueil sécurité digital multi-sites ;
- audits, inspections et analyses d’incidents sur mobile ;
- gouvernance data HSE centralisée ;
- premières applications d’IA pour analyser incidents et causes.
Tendance : la digitalisation QHSE n’est plus un sujet d’innovation, c’est un levier de performance industrielle
7. L’IA générative s’invite dans le quotidien QHSE… mais elle ne “fait” pas la sécurité
Depuis deux ans, tout le monde en parle et c’est souvent par là que les équipes commencent : ChatGPT, Claude, Mistral… des outils capables de reformuler, résumer.
L’IA générative arrive souvent comme une évidence : elle aide à aller plus vite sur tout ce qui ressemble à de l’information dispersée, difficile à lire, difficile à maintenir. En QHSE, son terrain naturel, c’est par exemple la veille réglementaire HSE (digérer un texte, repérer ce qui change, résumer, comparer une nouvelle obligation avec vos pratiques internes) et, plus largement, le suivi : retrouver une info, remettre en forme, consolider, poser les bonnes questions, remettre de l’ordre dans ce qui s’accumule.
Mais il faut rester très lucide : Chatgpt a une limite structurelle, il produit un texte “plausible” et n’a pas été conçu pour garantir nativement l’exactitude opérationnelle, la traçabilité et la robustesse, trois exigences qui, en prévention, ne sont pas négociables.
Et c’est exactement pour ça qu’on ne doit pas lui demander de “faire” de la sécurité : son cœur de valeur n’est pas de détecter une dérive, d’analyser des signaux faibles, de prouver l’effet d’une action ou d’alimenter une boucle de prévention de bout en bout.
Tendance : l’IA générative devient un bon copilote pour la veille et le suivi (comprendre plus vite, clarifier, retrouver), à condition de l’encadrer — et de ne pas la confondre avec un système de pilotage des risques.
8. La vraie révolution QHSE : l’IA décisionnelle, pour une prévention augmentée (l’approche Cikaba)
La bascule majeure, ce n’est pas de “mieux formuler”. La révolution décisive se joue dans l’analyse : être capable de détecter un risque avant qu’il ne devienne un accident, d’objectiver une dérive, de prioriser sans biais, de transformer un signal faible en plan d’action concret — et de prouver qu’une action de prévention marche.
C’est exactement la logique de l’IA analytique et décisionnelle : une IA métier qui transforme des données en actions, avec des résultats mesurables, de l’explicabilité et des garde-fous de gouvernance.
Et surtout, elle répond au vrai sujet opérationnel : comment une recommandation devient une action, qui valide, qui exécute, comment on suit, comment on mesure l’impact. C’est précisément ce que porte Cikaba une IA française, verticalisée, analytique et décisionnelle, développée avec la recherche (CNRS) et labellisée France 2030, orientée compréhension et anticipation des risques.
Concrètement, avec l’IA, chaque remontée terrain est analysée, transformée en recommandations, validée, puis suivie en temps réel avec une surveillance continue et des alertes proactives quand une tendance devient préoccupante.
Autre exemple, l’IA décisionnelle peut aider à structurer rapidement l’analyse d’un accident en séparant strictement les faits observables des interprétations, puis proposer une première trame d’arbre des risques (type INRS) et surtout pointer les questions manquantes (“protection en place ? consigne connue ? pression de délai ? état machine ?”). L’humain valide, mais on gagne en vitesse, en rigueur et en traçabilité et les causes racines se réinjectent ensuite proprement dans le plan d’action et le suivi multi-sites.
Tendance : après la digitalisation, l’étape suivante est l’IA décisionnelle : celle qui rend la prévention pilotable, mesurable et démontrable exactement dans le sens des nouvelles exigences de preuve et de traçabilité.
Ce que doivent retenir les décideurs
S’il faut retenir une chose de 2025, c’est que la prévention entre dans une nouvelle ère : celle d’une prévention pilotée, mesurable et démontrable. La combinaison “durcissement réglementaire + pression pénale + coût des accidents + exigences RSE” rend la démarche QHSE beaucoup plus exposée… mais aussi beaucoup plus stratégique.
En 2026, les organisations qui prendront de l’avance seront celles qui arrêtent de traiter le QHSE comme une somme d’actions ponctuelles, et qui le transforment en système de management : des processus clairs, des preuves fiables, une relation entreprises extérieures maîtrisée, et une donnée HSE propre et exploitable à l’échelle multi-sites.
La digitalisation devient l’infrastructure indispensable de cette maîtrise. Et l’IA, si elle est bien utilisée, devient un accélérateur : pas une promesse vague, mais un moyen concret de mieux détecter, mieux prioriser, mieux suivre, et mieux mesurer l’impact des actions.
Au final, c’est là que la prévention QHSE cesse d’être un “devoir administratif” pour devenir un avantage compétitif au service des équipes, de la performance industrielle, de la conformité et de l’image.